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Pourquoi les rois à Saint-Denis

Pourquoi les rois ici
Parce qu’un martyr y a été enterré avant eux. Denis, premier évêque de Paris, est décapité vers 250 sur la colline de Montmartre. Une tombe vénérée est attestée sur le site actuel dès le IIIᵉ-IVᵉ siècle, une abbaye s’y développe, et les rois choisissent de se faire inhumer au plus près du saint. Dagobert, mort en 639, ouvre la série ; Louis XVIII, en 1824, la ferme. Onze siècles de continuité dans un seul bâtiment.
Le martyrDenis, décapité vers 250
La tombe vénéréeAttestée dès le IIIᵉ-IVᵉ siècle
Premier roi inhuméDagobert, 639
Dernier roi inhuméLouis XVIII, 1824
Suger, abbé1122-1151
Chœur consacré11 juin 1144

Le saint d’abord, le roi ensuite

L’ordre compte. Saint-Denis n’est pas un cimetière royal auquel on aurait ajouté une église : c’est un tombeau de martyr autour duquel une église, puis une abbaye, puis une nécropole se sont construites. Denis est le premier évêque de Paris. Il est décapité vers 250 sur la colline que l’on appelle depuis mons martyrum, la colline des martyrs, devenue Montmartre. Une légende du IXᵉ siècle raconte qu’il a ramassé sa tête, l’a lavée à une fontaine et a marché vers le nord sur environ six kilomètres avant de tomber : c’est là qu’on l’aurait enterré. Historiquement, ce que l’on peut affirmer, c’est qu’une tombe de martyr vénéré existe sur le site dès le IIIᵉ ou IVᵉ siècle. La marche, elle, est un récit tardif. Je fais la part des deux sur la page de saint Denis.

Se faire enterrer près d’un saint, dans la logique médiévale, c’est se placer sous sa protection au moment du Jugement. Les rois francs ne font pas autre chose que ce que font les fidèles, en plus grand. Et le saint, ici, protège en même temps un lieu, une abbaye et une dynastie.

Dagobert, 639

Dagobert est le premier roi inhumé sur le site, et il inaugure une habitude qui deviendra une règle. Son monument actuel date du XIIIᵉ siècle, six cents ans après sa mort : c’est déjà une relecture, une mise en scène de l’origine par une monarchie qui a besoin de dire son ancienneté. La scène sculptée raconte le voyage de son âme, arrachée aux démons par saint Denis lui-même. Rien n’est neutre là-dedans. Le détail est sur la page des gisants.

Suger, ou l’abbaye qui devient un argument

L’abbé Suger dirige l’abbaye de 1122 à 1151. Il est conseiller des rois, régent pendant la croisade, et il fait de Saint-Denis le lieu où la monarchie se raconte. Le 11 juin 1144, le chœur qu’il a fait bâtir est consacré : arcs brisés, croisées d’ogives, déambulatoire à chapelles rayonnantes ouvertes les unes sur les autres, mur remplacé par du verre. C’est la date de naissance de l’architecture gothique, et sa doctrine tient en deux mots latins, lux nova, la lumière nouvelle. Un roi enterré là n’est plus seulement enterré près d’un saint : il l’est dans le bâtiment le plus moderne de la chrétienté. Je raconte Suger sur sa page et ses verrières sur la page des vitraux.

La continuité comme instrument politique

Aligner les tombeaux, c’est aligner les règnes. Au XIIIᵉ siècle, sous Saint Louis, une campagne de gisants est commandée pour représenter les rois antérieurs : on fabrique rétrospectivement une galerie de portraits qui rend visible, d’un seul coup d’œil, la continuité mérovingienne, carolingienne et capétienne. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est un argument. Au même moment, la nef et le transept sont refaits en gothique rayonnant, à partir de 1231, par Pierre de Montreuil.

La série tient jusqu’à la Révolution. Elle est brisée en 1793, quand la Convention fait ouvrir les tombes — l’épisode est raconté sur la page de 1793 —, puis reprise artificiellement par la Restauration : Louis XVIII ramène Louis XVI et Marie-Antoinette en janvier 1815, fait relever les ossements des fosses en 1817, et se fait lui-même inhumer ici en 1824. Il est le dernier.

Ce qui marche

  • Un seul lieu raconte onze siècles de monarchie, sans déplacement
  • Le bâtiment lui-même fait partie de l’argument : gothique inventé sur place en 1144
  • La galerie de gisants du XIIIᵉ siècle se lit comme une généalogie en pierre
  • Le lien avec Montmartre donne une deuxième moitié à l’histoire

À savoir

  • La continuité visible est en partie reconstruite après coup
  • Les sépultures elles-mêmes ont été détruites en 1793
  • Les gisants antérieurs au XIIIᵉ siècle ne sont pas des portraits
  • Tout cela se trouve dans la partie payante, pas dans la nef libre
Le conseil du quartier

Faites Montmartre et Saint-Denis dans le même séjour, dans cet ordre : la colline où il est décapité, puis l’église où il est enterré. Six kilomètres de légende entre les deux. La balade de la colline est sur la page Montmartre.

Le monument et ses propriétaires

Aujourd’hui, le bâtiment appartient à l’État et il est géré par le Centre des monuments nationaux, tandis que le culte y est assuré par le diocèse : c’est ce double statut qui explique la nef libre et la nécropole payante. Les détails sont sur la page du propriétaire et sur basilique ou cathédrale. Qui repose ici exactement ? La liste est sur qui est enterré.

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Rappel : ce qui se réserve ci-dessus, c’est l’entrée de la nécropole royale. La nef, elle, reste ouverte sans billet, comme dans n’importe quelle église du diocèse.

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Questions fréquentes

Pourquoi les rois de France sont-ils enterrés à Saint-Denis ?

Pour être inhumés près de la tombe de saint Denis, martyr décapité vers 250, vénérée sur le site dès le IIIᵉ-IVᵉ siècle. Voir la légende de saint Denis.

Quel est le premier roi enterré ici ?

Dagobert, mort en 639. Son monument, du XIIIᵉ siècle, raconte le voyage de son âme en scènes sculptées. Voir les gisants.

Quel est le dernier ?

Louis XVIII, en 1824, celui-là même qui avait fait relever les ossements des fosses en 1817. Voir la profanation de 1793.

Quel rôle a joué l’abbé Suger ?

Abbé de 1122 à 1151, conseiller des rois, il fait consacrer le 11 juin 1144 le chœur qui inaugure l’architecture gothique. Voir Suger et le gothique.

Nécropole royale, billet d’entrée4,6 ★ · 442 avis · valable la journéeRéserver